Dépollution express : 200 000 mégots recyclés chaque heure pour créer des doudounes écoresponsables

Mia Baron · 16 août 2026 · 4 min read · 882 words

Chaque heure, 200 000 mégots sont dépollués par TchaoMegot. Cette entreprise de l’Oise transforme ces déchets toxiques en plaques isolantes et en doudounes. Un procédé breveté et écoresponsable, sans eau ni solvant chimique, qui donne une seconde vie aux filtres de cigarettes.

Installée à Bresles, près de Beauvais, la société fondée en 2020 par Julien Paque a trouvé une solution au problème des mégots jetés dans la nature. Avec ses cendriers connectés et sa technologie de dépollution par CO₂ supercritique, elle recycle aujourd’hui près de 60 tonnes de mégots par an. Et ses ambitions sont grandes : ouvrir trois nouvelles usines et devenir le leader européen du secteur.

Le mégot, un déchet massif qui pollue encore trop

Chaque année, entre 20 000 et 25 000 tonnes de mégots finissent dans les sols français. Un chiffre énorme, alors que chaque filtre contient plus de 4 000 substances toxiques. Plomb, hydrocarbures aromatiques, métaux lourds : ces éléments se propagent dans l’eau et les sols dès qu’ils entrent en contact avec le sol.

Face à ce constat, TchaoMegot a choisi d’agir directement à la source. L’entreprise installe des cendriers de rue, aux couleurs vives, avec des pictogrammes simples. Le but : inciter les fumeurs à ne plus jeter leur mégot par terre, sans les culpabiliser. Une approche pragmatique qui semble fonctionner.

15 000 cendriers déployés, jusqu’à l’Élysée

Depuis 2020, près de 15 000 cendriers TchaoMegot ont été installés dans toute la France. On les trouve dans des villes comme Lille, Béthune, Paris, mais aussi à l’Élysée. Des pictogrammes dessinés sur chaque support rappellent le bon geste. Les cendriers sont ensuite vidés dans des sacs étanches, puis acheminés vers le centre de traitement de Bresles.

Dans l’Oise, une première machine trie les déchets : mouchoirs, tickets de caisse, cailloux, cendres et tabac sont éjectés. Seule la fibre du filtre est conservée. Mais cette fibre est encore imbibée de substances nocives. Il faut une deuxième étape, bien plus technique.

Un procédé de dépollution unique au monde

La technologie développée par Julien Paque repose sur le CO₂ supercritique recyclé. Ce procédé, breveté, permet d’extraire les particules toxiques des filtres sans utiliser une seule goutte d’eau ni aucun solvant chimique. Les résultats sont impressionnants : 99,7 % des substances nocives sont éliminées.

Les 0,3 % restants, eux, ne sont pas perdus. Ils sont valorisés dans des laboratoires spécialisés. Cette performance a valu à l’entreprise le label Green Tech Innovation, décerné par le ministère de la Transition écologique.

Une fibre propre, prête pour le textile et le bâtiment

Une fois dépolluée, la fibre de cellulose est envoyée chez un sous-traitant. Elle est transformée en plaques d'isolation thermique et acoustique. Entre 3 000 et 4 000 plaques sortent chaque mois des ateliers. La ville de Béthune utilise déjà ce matériau pour des bâtiments municipaux et son université.

Mais l’usage le plus surprenant reste le textile. La même fibre sert à rembourrer des doudounes. Oui, des vestes chaudes fabriquées à partir d’anciens mégots de cigarettes. Un pari audacieux, mais qui séduit de plus en plus de marques soucieuses de leur durabilité.

Recyclage des mégots : quels avantages concrets ?

Le modèle de TchaoMegot repose sur une économie circulaire complète. Les avantages sont multiples :

Ce système permet de sortir les mégots de la rue et de réduire la pollution des milieux aquatiques. Un enjeu majeur quand on sait qu’un seul mégot peut polluer jusqu’à 500 litres d’eau.

Des ambitions fortes pour 2026 et au-delà

TchaoMegot ne compte pas s’arrêter là. L’entreprise, qui pèse 4,5 millions d’euros de chiffre d’affaires, prévoit d’augmenter sa capacité de traitement. L’autorisation préfectorale est déjà obtenue pour passer de 60 à 300 tonnes de mégots recyclés par an.

Trois nouvelles usines devraient ouvrir en France. Elles seront réparties dans l’ouest, entre Angers et Nantes, dans l’est, entre Nancy et Dijon, et dans le sud, entre Toulouse et Montpellier. L’objectif : mieux couvrir le territoire et réduire les coûts de transport.

Un leader européen en devenir

Des demandes arrivent aussi de l’étranger. L’Allemagne, la Suisse et d’autres pays voisins s’intéressent au procédé. Les brevets sont internationaux, ce qui ouvre de belles perspectives. Julien Paque l’affirme : il veut devenir le leader européen, voire mondial, du recyclage de mégots.

Et si la cigarette disparaissait un jour ? Le fondateur y a déjà pensé. Sa technologie pourrait s’appliquer à d’autres types de déchets difficiles à traiter. Il évoque même, en plaisantant, une future entreprise baptisée TchaoPlastique. En attendant, l’innovation continue de transformer un déchet honni en ressource précieuse.

Ce modèle prouve que l’écologie peut rimer avec économie et industrie. Les doudounes écoresponsables ne sont plus un gadget, mais une réponse concrète à la pollution quotidienne. Et si le vrai changement passait par nos poches ?