Chaque heure, 200 000 mégots sont dépollués par TchaoMegot. Cette entreprise de l’Oise transforme ces déchets toxiques en plaques isolantes et en doudounes. Un procédé breveté et écoresponsable, sans eau ni solvant chimique, qui donne une seconde vie aux filtres de cigarettes.
Installée à Bresles, près de Beauvais, la société fondée en 2020 par Julien Paque a trouvé une solution au problème des mégots jetés dans la nature. Avec ses cendriers connectés et sa technologie de dépollution par CO₂ supercritique, elle recycle aujourd’hui près de 60 tonnes de mégots par an. Et ses ambitions sont grandes : ouvrir trois nouvelles usines et devenir le leader européen du secteur.
Le mégot, un déchet massif qui pollue encore trop
Chaque année, entre 20 000 et 25 000 tonnes de mégots finissent dans les sols français. Un chiffre énorme, alors que chaque filtre contient plus de 4 000 substances toxiques. Plomb, hydrocarbures aromatiques, métaux lourds : ces éléments se propagent dans l’eau et les sols dès qu’ils entrent en contact avec le sol.
Face à ce constat, TchaoMegot a choisi d’agir directement à la source. L’entreprise installe des cendriers de rue, aux couleurs vives, avec des pictogrammes simples. Le but : inciter les fumeurs à ne plus jeter leur mégot par terre, sans les culpabiliser. Une approche pragmatique qui semble fonctionner.
- Le geste
Le fumeur dépose son mégot dans un cendrier TchaoMegot installé en ville, par exemple à Paris ou à l'Élysée.
- Collecte
Les cendriers sont vidés dans des sacs étanches, puis transportés vers l'usine de Bresles, dans l'Oise.
- Tri
Une machine éjecte mouchoirs, cailloux, cendres et tabac. Seule la fibre du filtre est gardée.
- Dépollution
Sous CO₂ supercritique, 99,7 % des substances toxiques sont extraites, sans eau ni solvant.
- Seconde vie
La fibre devient des plaques d'isolation pour des bâtiments municipaux, ou du rembourrage de doudounes.
15 000 cendriers déployés, jusqu’à l’Élysée
Depuis 2020, près de 15 000 cendriers TchaoMegot ont été installés dans toute la France. On les trouve dans des villes comme Lille, Béthune, Paris, mais aussi à l’Élysée. Des pictogrammes dessinés sur chaque support rappellent le bon geste. Les cendriers sont ensuite vidés dans des sacs étanches, puis acheminés vers le centre de traitement de Bresles.
Dans l’Oise, une première machine trie les déchets : mouchoirs, tickets de caisse, cailloux, cendres et tabac sont éjectés. Seule la fibre du filtre est conservée. Mais cette fibre est encore imbibée de substances nocives. Il faut une deuxième étape, bien plus technique.
Un procédé de dépollution unique au monde
La technologie développée par Julien Paque repose sur le CO₂ supercritique recyclé. Ce procédé, breveté, permet d’extraire les particules toxiques des filtres sans utiliser une seule goutte d’eau ni aucun solvant chimique. Les résultats sont impressionnants : 99,7 % des substances nocives sont éliminées.
Les 0,3 % restants, eux, ne sont pas perdus. Ils sont valorisés dans des laboratoires spécialisés. Cette performance a valu à l’entreprise le label Green Tech Innovation, décerné par le ministère de la Transition écologique.
Une fibre propre, prête pour le textile et le bâtiment
Une fois dépolluée, la fibre de cellulose est envoyée chez un sous-traitant. Elle est transformée en plaques d'isolation thermique et acoustique. Entre 3 000 et 4 000 plaques sortent chaque mois des ateliers. La ville de Béthune utilise déjà ce matériau pour des bâtiments municipaux et son université.
Mais l’usage le plus surprenant reste le textile. La même fibre sert à rembourrer des doudounes. Oui, des vestes chaudes fabriquées à partir d’anciens mégots de cigarettes. Un pari audacieux, mais qui séduit de plus en plus de marques soucieuses de leur durabilité.
Recyclage des mégots : quels avantages concrets ?
Le modèle de TchaoMegot repose sur une économie circulaire complète. Les avantages sont multiples :
- 🧹 Dépollution massive : 200 000 mégots traités chaque heure
- 💧 Zéro eau, zéro solvant toxique dans le processus
- ♻️ Recyclage de la fibre en isolant ou en textile
- 🏭 Valorisation des résidus toxiques en laboratoire
- 🏷️ Label Green Tech Innovation, gage de sérieux écologique
Ce système permet de sortir les mégots de la rue et de réduire la pollution des milieux aquatiques. Un enjeu majeur quand on sait qu’un seul mégot peut polluer jusqu’à 500 litres d’eau.
Des ambitions fortes pour 2026 et au-delà
TchaoMegot ne compte pas s’arrêter là. L’entreprise, qui pèse 4,5 millions d’euros de chiffre d’affaires, prévoit d’augmenter sa capacité de traitement. L’autorisation préfectorale est déjà obtenue pour passer de 60 à 300 tonnes de mégots recyclés par an.
Trois nouvelles usines devraient ouvrir en France. Elles seront réparties dans l’ouest, entre Angers et Nantes, dans l’est, entre Nancy et Dijon, et dans le sud, entre Toulouse et Montpellier. L’objectif : mieux couvrir le territoire et réduire les coûts de transport.
Un leader européen en devenir
Des demandes arrivent aussi de l’étranger. L’Allemagne, la Suisse et d’autres pays voisins s’intéressent au procédé. Les brevets sont internationaux, ce qui ouvre de belles perspectives. Julien Paque l’affirme : il veut devenir le leader européen, voire mondial, du recyclage de mégots.
Et si la cigarette disparaissait un jour ? Le fondateur y a déjà pensé. Sa technologie pourrait s’appliquer à d’autres types de déchets difficiles à traiter. Il évoque même, en plaisantant, une future entreprise baptisée TchaoPlastique. En attendant, l’innovation continue de transformer un déchet honni en ressource précieuse.
Ce modèle prouve que l’écologie peut rimer avec économie et industrie. Les doudounes écoresponsables ne sont plus un gadget, mais une réponse concrète à la pollution quotidienne. Et si le vrai changement passait par nos poches ?
Des doudounes en mégots, vraiment ?
Est-ce que les doudounes en mégots sentent la cigarette ?
Après le passage au CO₂ supercritique, il ne reste quasi rien du tabac. La fibre est neutre, sans odeur, et peut même servir d'isolant dans des bâtiments publics.
Faut-il un cendrier spécial pour recycler ses mégots ?
TchaoMegot fournit et entretient ses cendriers, il suffit de les trouver. Les sacs étanches partent ensuite vers l'usine de Bresles où le tri est automatique.
Ça vaut le coup, une doudoune fabriquée à partir de mégots ?
C'est un produit cohérent avec une démarche écologique. La fibre est dépolluée à 99,7 %, et le recyclage évite qu'un seul mégot pollue 500 litres d'eau.
Quelle quantité de mégots TchaoMegot peut-elle traiter ?
L'usine actuelle transforme 200 000 mégots par heure, soit 60 tonnes par an. L'objectif, déjà autorisé, est de passer à 300 tonnes avec trois nouvelles usines.
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Rédactrice en chef de France Distribution, ex-cadre en hypermarché. Quinze ans de terrain en grande distribution avant de fonder ce média indépendant pour décrypter le retail tricolore sans langue de bois.
4 commentaires
Bonjour Mia, penser au merchandising des cendriers en magasin pour prolonger l’expérience écoresponsable.
Process industriel malin. Le CO₂ supercritique sans eau ni solvant, un vrai benchmark pour la supply chain circulaire.
200k mégots/heure, 60 t/an : des chiffres solides. Un vrai modèle circulaire à référencer en PLV.
Bonjour Mia, les cendriers colorés créent du trafic. Et en hypermarché, ça donnerait quoi ?