Une entreprise teste la semaine de quatre jours. L’expérience tourne au licenciement. Ce scénario s’est produit chez Metrickal, une société de logiciels. Le dirigeant, Patrick Synge, voulait améliorer l’efficacité. Il a obtenu une procédure disciplinaire et un départ forcé.
Ce cas interpelle. La réduction du temps de travail devait renforcer le bien-être. Elle a fini par exposer les failles de la gestion des ressources humaines. Comment un projet séduisant se transforme-t-il en piège ? Éclairage.
Expérimentation de la semaine de quatre jours : les dessous d’un échec annoncé
Metrickal lance son test en 2024. Cinq jours de travail sont condensés en quatre. Les salariés doivent gagner en autonomie, l’entreprise espère une hausse de la productivité. Les premières semaines montrent un enthousiasme réel. Les équipes apprécient les journées libres.
Mais très vite, la pression monte. Les objectifs restent identiques, le temps pour les atteindre diminue. Les managers vérifient chaque heure travaillée. L’ambiance se dégrade. Un employé, jugé trop lent, est placé sous surveillance.
Le test devait durer six mois. Il s’arrête au bout de trois. La direction constate une baisse de la qualité du travail. Un licenciement est prononcé, officiellement pour insuffisance professionnelle. Les autres salariés parlent de bouc émissaire.
Licenciement en période de test : la faute à la productivité ?
Ce licenciement interroge. L’employé visé était-il vraiment moins efficace ? Ou le format compressé rendait-il tout retard intolérable ? Les témoignages internes évoquent des délais raccourcis et des charges alourdies.
La semaine de quatre jours ne supprime pas les heures. Elle les concentre. Ceux qui ne s’adaptent pas deviennent des variables d’ajustement. La direction parle de choix économiques. Les équipes, elles, y voient une remise en cause du principe même de l’expérimentation.
Posons la question autrement : peut-on tester une nouvelle organisation du travail sans accepter des essais-erreurs ? Une expérience suppose des tâtonnements. Licencier pendant la phase de test envoie un signal désastreux. La confiance s’effondre.
Gestion des ressources humaines : la face cachée de la réduction du temps de travail
Le cas Metrickal n’est pas isolé. Depuis 2025, plusieurs expérimentations françaises échouent pour des raisons humaines, pas techniques. Les directions oublient un point central : la réduction du temps de travail modifie les rapports de pouvoir.
Les managers deviennent des contrôleurs. Les salariés, des exécutants sous pression. la gestion des ressources humaines se réduit à la surveillance des performances. Les conditions de travail se dégradent au lieu de s’améliorer.
Que font les représentants du personnel dans ce contexte ? Ils alertent, mais souvent trop tard. Le comité social et économique n’est pas consulté en amont. L’expérimentation se décide dans la précipitation, sans cadre juridique clair.
La hâte crée la brutalité. Une organisation qui ignore les signaux faibles provoque elle-même les incidents. Le licenciement devient alors une conséquence logique, et non une fatalité. Les entreprises doivent anticiper les effets secondaires avant de se lancer.
Productivité sans filet : le dilemme économique de l’entreprise
L’argument économique reste central. Les partisans de la semaine de quatre jours promettent des gains de productivité. Les détracteurs évoquent des coûts cachés. Le cas Metrickal illustre ce dilemme : la productivité a baissé, le licenciement a coûté cher.
Combien coûte un licenciement ? Les indemnités, les procédures, le temps perdu. Et s’ajoute le climat social dégradé. Les salariés restants perdent confiance. L’impact économique se mesure en perte de talents, pas seulement en chiffres comptables.
Voici les points clés à retenir avant de vous lancer :
- 😀 La réduction du temps de travail séduit les candidats et les équipes en place.
- 😟 La pression sur les résultats peut devenir contre-productive si les objectifs ne sont pas ajustés.
- 😀 Un accompagnement RH solide prévient les conflits et les départs.
- 😟 Sans critères clairs d’évaluation, la subjectivité des managers prend le dessus.
- 😀 Les entreprises qui impliquent les salariés dès le début réussissent mieux leur transition.
Le dilemme de l’entreprise moderne se résume ainsi : gagner en flexibilité sans sacrifier l’humain. Ceux qui y parviennent préparent l’avenir. Ceux qui échouent alimentent la méfiance.
Quelles leçons pour les entreprises tentées par l’expérience ?
Les exemples réussis existent. Ils partagent des points communs : une concertation longue, des objectifs réalistes, une évaluation régulière. Le choix de tester ne suffit pas. Il faut définir les critères de réussite avant de commencer.
La semaine de quatre jours ne se décrète pas. Elle se construit avec les salariés. Les dirigeants qui l’oublient se retrouvent dans une impasse. Le licenciement n’est jamais une solution, c’est un échec.
L’avenir du travail repose sur la confiance, pas sur la surveillance. Les entreprises qui comprennent cela transformeront leur essai en succès. Les autres resteront avec leurs questionnements.

Rédactrice en chef de France Distribution, ex-cadre en hypermarché. Quinze ans de terrain en grande distribution avant de fonder ce média indépendant pour décrypter le retail tricolore sans langue de bois.