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ENTRETIEN. Guerre en Ukraine : Zelensky joue sa dernière carte, conscient que Trump ne lui apportera pas de soutien…

ENTRETIEN. Guerre en Ukraine : Zelensky joue sa dernière carte, conscient que Trump ne lui apportera pas de soutien…

Alors que le conflit entre l’Ukraine et la Russie entre dans une phase critique, Volodymyr Zelensky tente une dernière manœuvre diplomatique. Il demande aux États-Unis une partie de leurs stocks de missiles Patriot. Nicolas Tenzer, analyste géostratégique, décrypte les rapports de force en présence.

Le président ukrainien joue une carte risquée. Il réclame précisément 5 % des intercepteurs Patriot américains pour tenir cet hiver. Un pourcentage qui semble minime, mais qui pèse lourd dans la balance géopolitique. L’analyste voit dans cette requête un signal adressé à l’opinion publique américaine, plus qu’une demande purement militaire.

Défense aérienne ukrainienne : que demande Zelensky aux États-Unis ?

Volodymyr Zelensky joue une dernière carte, et il le sait. Il demande 5 % du stock américain de missiles Patriot pour passer l’hiver. Selon Nicolas Tenzer, c’est un va-tout : la situation militaire est très difficile, mais le président ukrainien sait sans doute que Donald Trump ne lui apportera pas ce soutien.

Son véritable objectif est ailleurs. Il s’adresse à l’opinion publique américaine, qui reste pro-ukrainienne, notamment à l’approche des élections de mi-mandat. Trump, lui, penche clairement du côté russe. Cette demande publique expose au grand jour une crise diplomatique profonde entre Washington et Kiev.

Une demande militarement justifiée mais politiquement risquée

Sur le fond, la demande de Zelensky repose sur des besoins réels. Les défenses antiaériennes ukrainiennes sont sous pression constante depuis l’automne. Les frappes russes visent systématiquement les infrastructures énergétiques, et le pays manque d’intercepteurs pour protéger ses villes. Mais les stocks américains sont aussi affaiblis.

Nicolas Tenzer met en avant une donnée frappante : en cinq jours de guerre contre l’Iran, Washington a utilisé plus de missiles Patriot qu’en trois ans en Ukraine, notamment pour abattre de simples drones. Un gaspillage stratégique qui contraste avec la pénurie actuelle de l’Ukraine. Les experts estiment les stocks américains entre 700 et 800 missiles, mais l’analyste reste prudent sur les chiffres.

Même si les États-Unis cédaient une quarantaine de missiles, cela resterait insuffisant. Tenzer le dit sans détour : une telle quantité ne suffirait pas à faire basculer le rapport de force. Le risque de collusion entre l’administration Trump et la Russie rend cette hypothèse peu probable, selon lui.

Le missile Flamingo : l’industrie ukrainienne prend le relais

Face au blocage américain, Kiev mise sur son propre potentiel industriel. Le missile Flamingo, développé par l’entreprise ukrainienne Firepoint, est déjà opérationnel. Il a notamment été utilisé pour attaquer une usine balistique russe, un succès qui a redessiné les lignes du conflit.

Cette production locale est un axe essentiel, selon Nicolas Tenzer. L’Ukraine prépare également deux autres familles de missiles : des antimissiles pour la défense aérienne, et des missiles balistiques à plus longue portée. L’analyste fait davantage confiance à cette capacité industrielle qu’à celle des Européens, qu’il juge trop lente à se mobiliser.

Le développement de l’industrie de défense ukrainienne est devenu une priorité stratégique. Les dirigeants de Firepoint, comme Iryna Terekh, le confirment à Politico : le pays doit être capable de produire ses propres armes pour ne plus dépendre de l’aide extérieure. Une stratégie de long terme qui pourrait bien faire la différence.

Trump et la Russie : une diplomatie sans cap clair

De l’autre côté de l’Atlantique, la position de Donald Trump reste floue. Le président américain affirme vouloir la paix, mais ses actions contredisent ses déclarations. Les tractations menées par Steve Witkoff et Jared Kushner semblent davantage orientées vers des intérêts économiques avec Moscou que vers une véritable négociation de paix.

Donald Trump refuse de désigner clairement un agresseur et un agressé dans ce conflit. Une position qui contraste avec celle des Européens, qui considèrent l’Ukraine comme leur première ligne de défense. Ce manque de lucidité entretient une crise diplomatique permanente entre les alliés traditionnels.

Les déclarations de Trump sur une fin de guerre en vingt-quatre heures ont laissé place à une réalité plus complexe. Il maintient la pression sur les deux camps, mais sans feuille de route précise. Cette attitude nourrit l’incertitude, et le soutien international à l’Ukraine demeure fragile.

L’Europe face au défi de la défense antimissile

Si Washington limite ses livraisons, l'Europe peut-elle prendre le relais ? Nicolas Tenzer répond : c’est possible à terme, à condition de le vouloir. La coalition antimissile lancée le 13 juillet à Paris, avec neuf pays européens, marque une prise de conscience salutaire. Mais les retards accumulés sont lourds.

Il aurait fallu accélérer la production des systèmes SAMP/T et des missiles Aster dès le début de la guerre totale. Les industriels, eux, dépendent de commandes publiques. Le vrai problème réside dans un manque de vision politique à moyen terme. Croire qu’il sera possible de fournir des stocks suffisants à l’Ukraine d’ici deux ou trois mois relève de l’illusion.

Cette impulsion politique est pourtant indispensable. La Politique de défense européenne se construit trop souvent en réaction, sans vision stratégique. L’Ukraine, en première ligne, paie le prix de ces atermoiements.

Quelle issue pour l’Ukraine en 2026 ?

Après quatre ans de guerre, quelle issue semble réaliste ? Nicolas Tenzer écarte toute concession majeure, notamment sur les territoires occupés. Les exactions y sont quotidiennes, des enfants sont enrôlés de force. Une capitulation sur ces zones serait une catastrophe humaine et politique.

La seule issue acceptable reste une victoire militaire ukrainienne et un affaiblissement durable de la Russie. Un cessez-le-feu sans condition ne ferait que permettre à Moscou de se réarmer avant de reprendre l’offensive. Peut-être même au-delà de l’Ukraine.

Cette analyse sévère appelle une conclusion claire : la Diplomatie devra accompagner les efforts militaires, mais ne pourra pas s’y substituer. L’avenir de l’Ukraine se jouera aussi dans la capacité de ses alliés à rester unis et déterminés.

  • 🛡️ 5 % des missiles Patriot : une demande politique autant que militaire.
  • 🏭 Le missile Flamingo : un atout industriel ukrainien déjà en service.
  • 🇪🇺 La coalition antimissile européenne du 13 juillet : un premier pas, mais des retards.
  • 🏛️ Trump et son administration : aucune stratégie claire pour la paix.

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